Une rue commerciale d'une ville canadienne où francophones et anglophones circulent devant des commerces aux enseignes dans les deux langues officielles.
Publié le 24 octobre 2026

Au Canada, parler français ou anglais ne change pas uniquement la façon de communiquer. La langue influence les démarches administratives, les possibilités d’emploi, la scolarité des enfants, l’accès à certains services et les relations sociales. Pourtant, vivre dans un pays possédant deux langues officielles ne signifie pas évoluer quotidiennement dans un environnement bilingue.

La situation varie considérablement entre Montréal, Ottawa, Moncton ou une petite municipalité de l’Ouest canadien. Les institutions fédérales sont soumises à des obligations linguistiques particulières, tandis que les provinces établissent leurs propres règles. La présence réelle d’une communauté francophone ou anglophone compte autant que les textes juridiques pour déterminer la langue utilisée dans les commerces, les écoles et les milieux professionnels.

Comprendre cette dualité suppose donc de distinguer trois dimensions : les droits linguistiques reconnus, les services effectivement accessibles et les pratiques sociales locales. Cette distinction permet aux résidents et aux nouveaux arrivants de faire des choix mieux adaptés à leur situation.

La dualité linguistique canadienne en bref

  • Le français et l’anglais ont un statut officiel au niveau fédéral, mais leur présence quotidienne varie fortement selon les provinces et les municipalités.
  • L’accès aux services publics et à l’enseignement dans une langue officielle dépend de règles précises, qui ne garantissent pas une offre bilingue universelle.
  • Le choix d’une région influence les possibilités professionnelles, l’intégration sociale et la transmission des langues aux enfants.

Pourquoi le bilinguisme est-il vécu différemment selon les provinces et les régions ?

Le bilinguisme se vit différemment au Canada parce que les droits linguistiques fédéraux coexistent avec des régimes provinciaux distincts et des réalités démographiques très inégales. Le français domine au Québec, l’anglais dans la plupart des autres provinces, tandis que certaines régions possèdent des communautés francophones et anglophones suffisamment présentes pour que les deux langues participent régulièrement à la vie locale.

Au niveau fédéral, le français et l’anglais bénéficient d’un statut officiel. Les institutions fédérales doivent respecter des obligations relatives aux communications, aux services et, dans certaines circonstances, à la langue de travail. En revanche, chaque province dispose de son propre cadre linguistique. Le Nouveau-Brunswick est la seule province officiellement bilingue en vertu de la Constitution, alors que le Québec fait du français sa langue officielle et que l’Ontario prévoit notamment des garanties de services en français dans des domaines et territoires déterminés.

Les différences démographiques expliquent une partie de ces écarts. Selon les données du recensement de 2021 présentées dans la publication de Patrimoine canadien sur la francophonie canadienne, 84,1 % des personnes ayant le français comme première langue officielle parlée résidaient au Québec. D’importantes communautés francophones existent néanmoins ailleurs, notamment en Acadie, dans l’Est et le Nord ontariens et au Manitoba.

22,0 %

Part de la population canadienne ayant le français comme première langue officielle parlée au recensement de 2021. Cet indicateur ne correspond pas nécessairement à la langue utilisée à la maison ou au travail.

Patrimoine canadien, données du recensement de 2021.

La région Ottawa-Gatineau illustre particulièrement bien cette diversité. Traverser la rivière des Outaouais signifie passer de l’Ontario au Québec, donc d’un cadre linguistique provincial à un autre, tout en restant dans un bassin de vie où les déplacements professionnels et personnels relient les deux communautés.

Pour évaluer la réalité linguistique d’une localité, trois indicateurs sont utiles : la proportion de personnes utilisant chaque langue, l’existence d’écoles et de services institutionnels accessibles, puis la vitalité des associations et activités culturelles. La présence d’une école francophone ne signifie pas nécessairement que les commerces ou les services municipaux fonctionnent également en français.

Cette lecture territoriale constitue aussi le point de départ pour déterminer quels services publics peuvent réellement être obtenus dans la langue souhaitée.

Comment trouver les services publics disponibles dans votre langue officielle ?

Pour trouver des services publics en français ou en anglais au Canada, commencez par identifier l’administration responsable : fédérale, provinciale ou municipale. Consultez ensuite les répertoires officiels, vérifiez les obligations linguistiques du service et confirmez directement les modalités d’accueil. Le fait qu’un service soit disponible dans une langue ne signifie pas toujours que son offre est juridiquement garantie.

Pour les institutions fédérales, le répertoire officiel Burolis des bureaux fédéraux permet de rechercher des bureaux et de connaître leur désignation linguistique. Les obligations de service bilingue dépendent notamment de l’emplacement du bureau, de la demande importante ou de la nature des services. Les bureaux fédéraux situés dans la région de la capitale nationale sont soumis à des obligations particulières.

Ce répertoire concerne les institutions fédérales visées, et non l’ensemble des établissements de santé, écoles ou administrations municipales. Les coordonnées n’étant pas nécessairement actualisées immédiatement, une confirmation auprès du bureau reste utile avant un déplacement.

Les services provinciaux suivent d’autres règles. Au Nouveau-Brunswick, les institutions provinciales sont soumises à des garanties constitutionnelles particulières. En Ontario, la disponibilité de services en français dépend notamment des dispositions applicables aux organismes et aux régions désignées. Au Québec, les modalités d’utilisation de l’anglais dans les services publics sont encadrées par la législation linguistique provinciale.

Les domaines de la santé et de la justice demandent une attention particulière. Un établissement hospitalier peut offrir certains services dans la langue minoritaire sans disposer systématiquement de personnel bilingue pour chaque spécialité. En matière pénale, le droit à un procès dans la langue officielle de l’accusé relève de garanties spécifiques, mais ses modalités doivent être examinées selon la procédure concernée.

La distinction décisive oppose donc le droit opposable au service à sa simple disponibilité pratique. Dans le second cas, l’accès peut dépendre des horaires, du personnel ou de l’organisation locale.

Vérifier l’accès aux services dans votre langue en cinq étapes

  1. Identifier les cinq services essentiels à votre quotidien et produire une liste précisant leur administration responsable.
  2. Rechercher les bureaux fédéraux concernés dans Burolis et enregistrer leurs coordonnées ainsi que leur désignation linguistique.
  3. Consulter les informations officielles provinciales ou municipales et constituer un tableau des langues de service annoncées.
  4. Contacter les établissements essentiels, notamment médicaux, pour obtenir une confirmation des modalités linguistiques et noter la date de réponse.
  5. Conserver un répertoire personnel comprenant coordonnées, horaires, langue confirmée et solution de remplacement lorsque l’accès demeure incertain.

Ces vérifications deviennent particulièrement importantes au moment de choisir une région de résidence, puisque deux localités proches peuvent offrir des environnements institutionnels très différents.

Région bilingue ou majoritairement anglophone ou francophone : quel environnement choisir ?

Le meilleur environnement linguistique dépend du projet personnel et familial. Une région majoritairement francophone ou anglophone facilite généralement l’immersion dans la langue dominante, tandis qu’une région où les deux communautés sont présentes peut offrir davantage d’occasions de pratiquer les deux langues. Le choix doit néanmoins intégrer l’emploi, les services, la scolarité et les réseaux sociaux réellement accessibles.

Pour une personne francophone souhaitant vivre principalement en français, le Québec offre un environnement où cette langue structure largement la vie institutionnelle et sociale. Certaines régions du Nouveau-Brunswick permettent également de participer à une vie communautaire francophone importante. À l’inverse, une personne cherchant une immersion anglophone trouvera davantage d’occasions d’utiliser l’anglais dans les provinces où cette langue domine.

Les zones de contact, comme Ottawa-Gatineau, certaines parties de l’Est ontarien ou de l’Acadie, permettent d’évoluer entre les deux communautés. Cette proximité ne signifie toutefois pas que chaque employeur, commerce ou établissement scolaire est bilingue.

Les avantages et contraintes changent selon la composition du ménage et les objectifs d’installation.

Comparer les environnements linguistiques pour choisir une région
Critère Région linguistiquement dominante Région de contact bilingue
Apprentissage Immersion fréquente dans la langue majoritaire Occasions de pratiquer les deux langues, selon les milieux
Emploi Priorité possible à la langue du marché local Bilinguisme potentiellement utile dans davantage de fonctions
Vie sociale Intégration facilitée par la maîtrise de la langue dominante Possibilité de participer à plusieurs réseaux communautaires
Scolarité Offre majoritaire généralement plus présente Choix possibles à vérifier selon les droits et les établissements
Vie familiale Exposition quotidienne plus forte à une langue Exposition aux deux langues possible, sans transmission automatique

La scolarité mérite une vérification spécifique. L’article 23 de la Charte canadienne protège, sous certaines conditions, le droit à l’instruction dans la langue officielle minoritaire. Ce droit dépend notamment de l’admissibilité des parents et du critère du nombre suffisant. Il ne constitue pas une liberté générale de choisir n’importe quelle langue d’enseignement.

Une famille peut ainsi apprécier l’environnement bilingue d’une ville sans avoir automatiquement accès à toutes les écoles de langue minoritaire. Le lieu de résidence, le statut des parents et la disponibilité concrète des établissements doivent être considérés ensemble.

Un adulte souhaitant progresser rapidement en anglais peut privilégier l’immersion anglophone. Des parents souhaitant transmettre le français à leurs enfants auront aussi intérêt à examiner les écoles, les bibliothèques, les activités sportives et les associations francophones.

Le statut officiel d’une langue constitue un repère, mais son utilisation réelle dépend de la densité et de la continuité des relations sociales dans cette langue.

Pourquoi le statut officiel d’une langue ne garantit-il pas son usage quotidien partout ?

Le statut officiel protège des droits linguistiques dans des institutions déterminées, mais ne rend pas automatiquement une langue dominante dans les conversations, les commerces ou les relations sociales. Au Canada, les obligations fédérales coexistent avec des législations provinciales différentes. L’usage quotidien dépend également de la composition de la population, de la transmission familiale et des pratiques des organisations locales.

Le cadre constitutionnel illustre cette différence. La présentation des droits linguistiques constitutionnels par le ministère de la Justice explique notamment les garanties concernant les institutions fédérales, le Nouveau-Brunswick et l’instruction dans la langue officielle minoritaire.

Ces protections n’impliquent pas que tous les services locaux soient disponibles dans les deux langues. Une personne francophone peut obtenir certains services fédéraux en français tout en vivant dans une municipalité où l’anglais domine les échanges privés, les activités commerciales et une grande partie de la vie associative.

La vitalité d’une langue dépend aussi de sa transmission entre générations. Lorsque les enfants utilisent principalement la langue majoritaire à l’école, dans leurs loisirs ou avec leurs amis, la langue minoritaire peut perdre progressivement sa place dans les interactions quotidiennes. Cette évolution n’est cependant ni automatique ni identique dans toutes les communautés.

Les établissements scolaires, les médias locaux et les institutions culturelles contribuent à maintenir des espaces d’usage. Hors Québec, Patrimoine canadien recense notamment un réseau d’établissements scolaires francophones ainsi que des lieux de création et de diffusion culturelle. Leur présence témoigne d’une organisation communautaire, sans garantir une accessibilité uniforme à chaque résident.

Les lois provinciales peuvent également modifier l’environnement visible. Au Québec, le renforcement du cadre de protection du français influence notamment les règles applicables à l’affichage commercial, au travail et aux relations avec certaines organisations. Ces obligations dépendent de la situation juridique des entreprises et des organismes concernés.

Ailleurs au Canada, les demandes de reconnaissance et de services dans la langue minoritaire reflètent d’autres enjeux : consolider des institutions existantes, maintenir les communautés et améliorer l’accès à certains services.

Cette distinction explique également pourquoi maîtriser les deux langues officielles peut être un avantage professionnel important dans certaines régions, mais beaucoup moins déterminant dans d’autres.

Quand le bilinguisme améliore-t-il réellement les possibilités professionnelles au Canada ?

Le bilinguisme améliore surtout les perspectives professionnelles lorsque le poste exige de communiquer, rédiger ou superviser dans les deux langues officielles. Il peut constituer une condition d’accès à certains emplois fédéraux et un avantage dans le service à la clientèle, les soins ou les activités commerciales. Sa valeur dépend toutefois du secteur, du niveau de compétence requis et du marché régional.

Dans la fonction publique fédérale, les postes désignés bilingues peuvent être assortis d’exigences linguistiques précises. Les évaluations distinguent la compréhension de l’écrit, l’expression écrite et la communication orale. Les niveaux A, B et C correspondent respectivement à des compétences de base, intermédiaires et avancées.

Les normes fédérales de qualification en langues officielles précisent ces exigences pour les institutions visées. Un profil CBC signifie ainsi que la personne doit satisfaire au niveau C en compréhension de l’écrit, au niveau B en expression écrite et au niveau C en communication orale dans sa seconde langue officielle.

Ces normes ne s’appliquent pas automatiquement aux employeurs privés, provinciaux ou municipaux. Elles illustrent cependant une distinction fondamentale : pouvoir tenir une conversation courante ne suffit pas nécessairement pour rédiger des documents complexes ou diriger des activités professionnelles dans les deux langues.

Dans le secteur privé, les besoins varient fortement. Une entreprise desservant des clients francophones et anglophones peut rechercher du personnel capable de traiter des demandes dans les deux langues. Dans un établissement de santé desservant une communauté linguistique minoritaire, cette compétence peut également améliorer la communication avec les patients, sans remplacer les qualifications professionnelles exigées.

La géographie joue un rôle important. Dans les régions de contact, la capacité à passer d’une langue à l’autre peut correspondre à un besoin régulier. Dans un marché local fonctionnant essentiellement dans une seule langue, elle peut rester secondaire pour de nombreux postes.

Il faut également distinguer l’accès à davantage d’offres d’emploi d’une hausse de rémunération. Les normes fédérales décrivent des compétences et des exigences de qualification, mais ne permettent pas d’affirmer que tous les employés bilingues bénéficient d’une prime salariale ou d’une progression professionnelle supérieure.

Avant d’investir dans une formation linguistique, un candidat peut donc examiner les offres correspondant à son métier, relever les exigences linguistiques récurrentes et comparer ses compétences réelles aux fonctions envisagées.

Au-delà de l’emploi, les langues peuvent aussi faciliter ou limiter les rencontres entre communautés. Leur coexistence devient alors un enjeu de participation à la vie collective.

Comment créer des espaces communs dans une communauté culturellement diverse ?

Créer des espaces communs dans une communauté diverse suppose de rendre la participation réellement accessible aux différents groupes linguistiques et culturels. Au Canada, les activités bilingues, les bibliothèques, les organismes communautaires et les échanges scolaires peuvent favoriser les rencontres. Leur efficacité dépend moins de l’étiquette « bilingue » que de l’organisation concrète des communications, des animations et de la participation.

La dualité français-anglais peut servir de point de départ à une réflexion plus large sur l’inclusion. Une communauté accueille souvent des personnes parlant d’autres langues à la maison, même lorsque les services et les institutions fonctionnent principalement en français ou en anglais. L’objectif n’est donc pas de réduire toutes les identités culturelles à deux groupes.

Les espaces partagés peuvent prendre différentes formes : ateliers de conversation, activités sportives, événements culturels, clubs de lecture ou projets associatifs réunissant des participants issus de plusieurs milieux linguistiques. Les écoles d’immersion et les échanges entre élèves offrent également des occasions d’apprendre à communiquer au-delà de son environnement habituel.

Une activité annoncée comme bilingue ne l’est pas nécessairement dans la pratique. Si les communications sont disponibles dans deux langues, mais que toutes les interventions et discussions se déroulent dans une seule, certains participants peuvent rencontrer des difficultés à contribuer.

Trois pratiques permettent de rendre ces espaces plus accessibles :

  • Prévoir les informations essentielles, les modalités d’inscription et les documents utiles dans les deux langues lorsque l’activité s’adresse aux deux communautés.
  • Organiser les échanges de façon à permettre une participation effective, notamment par l’alternance linguistique ou des formes adaptées de médiation.
  • Recueillir les observations des participants pour déterminer quelles barrières linguistiques persistent.

Il faut aussi tenir compte de la nature des activités. Un événement artistique peut favoriser les interactions grâce à des pratiques communes, tandis qu’un atelier portant sur des démarches administratives exige davantage de précision linguistique.

Le succès d’un lieu communautaire ne se résume pas à la présence de deux langues sur une affiche. Il se mesure également à la capacité des participants à comprendre, intervenir et revenir régulièrement.

Cette approche prend une dimension particulièrement concrète dans les grandes villes multiculturelles, où le quartier de résidence influence directement les occasions de contact entre langues.

Centre-ville ou quartier périphérique à Montréal : quel choix convient à votre quotidien ?

À Montréal, choisir entre le centre-ville et un quartier périphérique dépend d’un équilibre entre déplacements, logement, services, vie familiale et environnement linguistique. Le centre concentre de nombreuses activités professionnelles et étudiantes, tandis que certains quartiers plus éloignés offrent des milieux résidentiels et communautaires différents. Aucun de ces espaces n’est uniformément francophone, anglophone ou bilingue.

Le centre-ville réunit des établissements d’enseignement, des entreprises, des commerces et des institutions attirant des populations variées. Le français et l’anglais peuvent y être présents dans les interactions professionnelles et sociales, selon les établissements et les réseaux fréquentés. Cette diversité ne supprime pas les obligations linguistiques provinciales, notamment celles relatives à l’usage du français.

Dans les quartiers périphériques, la réalité peut changer sensiblement d’un secteur à l’autre. Certains présentent des réseaux communautaires francophones bien établis, d’autres une présence anglophone ou multilingue plus visible. Il serait donc trompeur d’associer systématiquement le centre à l’anglais et la périphérie au français.

Pour comparer deux logements, une approche fondée sur les besoins quotidiens reste plus pertinente qu’une impression générale du quartier.

Critères pratiques pour choisir son quartier à Montréal
Critère Questions à vérifier Conséquence quotidienne
Transport Durée et fiabilité des trajets vers le travail ou les études Temps disponible et facilité des déplacements
Logement Loyer, superficie et charges associés à chaque option Budget et confort résidentiel
Services Présence des établissements utiles et langues de service confirmées Facilité des démarches et accès aux soins
Éducation Écoles accessibles, admissibilité et langue d’enseignement Organisation familiale et continuité scolaire
Vie sociale Associations, commerces et activités réellement fréquentés Occasions de pratiquer la langue recherchée

Pour une famille, la proximité d’une école adaptée et les trajets peuvent peser davantage que le dynamisme du centre-ville. Pour un étudiant ou un travailleur, l’accessibilité des transports et les occasions de socialisation peuvent occuper une place plus importante.

Le choix du quartier influence également l’apprentissage linguistique. Vivre et participer à des activités dans un milieu principalement francophone peut multiplier les occasions de pratiquer le français. Un environnement très multilingue favorise d’autres échanges culturels, mais ne garantit pas une immersion intensive dans une langue particulière.

Il reste nécessaire de distinguer les habitudes des voisins, les langues utilisées par les établissements et les règles applicables à l’enseignement. Habiter à proximité d’une école anglophone, par exemple, ne garantit pas automatiquement le droit d’y inscrire son enfant.

À l’échelle du Canada, cette relation entre langue, logement et intégration dépasse la seule question résidentielle : elle influence aussi la capacité du pays à fidéliser les personnes venues y travailler et construire leur avenir.

À retenir avant de choisir un environnement linguistique

  • Une région attractive sur le plan professionnel doit également permettre d’accéder aux services et aux réseaux sociaux nécessaires à une installation durable.
  • La maîtrise d’une langue officielle ne compense pas systématiquement les difficultés de reconnaissance des qualifications ou d’accès à un emploi adapté.
  • Les possibilités de scolarisation, d’apprentissage linguistique et de participation communautaire peuvent peser sur la décision de rester dans une province.

Comment le Canada peut-il attirer des talents mondiaux sans les perdre après leur arrivée ?

Pour attirer et retenir des talents internationaux, le Canada doit associer les possibilités d’immigration à des conditions d’intégration professionnelle, linguistique et sociale durables. La dualité linguistique peut constituer un avantage lorsque les nouveaux arrivants trouvent des emplois correspondant à leurs compétences et des services accessibles dans leur langue. Elle peut aussi devenir un obstacle lorsque les attentes ne correspondent pas à la réalité locale.

L’accueil ne se limite pas aux démarches permettant d’entrer sur le territoire. Une personne qualifiée doit également pouvoir comprendre les exigences professionnelles, faire reconnaître ses compétences lorsque cela est nécessaire et construire un réseau social dans sa région d’installation.

Les candidats francophones envisageant de s’établir hors Québec peuvent rechercher des communautés disposant d’écoles, d’associations et d’activités culturelles en français. Ces institutions peuvent faciliter l’intégration, mais leur présence varie fortement selon les régions. Une communauté francophone active ne garantit pas non plus que chaque employeur local fonctionne dans cette langue.

Pour les personnes principalement anglophones qui s’installent au Québec, les exigences et les occasions d’apprentissage du français représentent une dimension importante du projet. Les programmes de francisation peuvent faciliter la participation professionnelle et sociale, sans garantir à eux seuls l’obtention d’un emploi.

Plusieurs leviers doivent donc être envisagés conjointement :

  • La reconnaissance des qualifications, notamment lorsque l’exercice d’une profession dépend d’un organisme de réglementation.
  • L’accès à un emploi adapté, afin que les compétences acquises auparavant puissent être effectivement valorisées.
  • La formation linguistique, conçue selon les besoins du milieu professionnel et de la vie quotidienne.
  • La continuité familiale et communautaire, comprenant l’éducation, les services essentiels et les possibilités de participation sociale.

Les provinces peuvent adopter des stratégies différentes pour attirer des travailleurs et soutenir les communautés linguistiques. Certaines initiatives privilégient notamment l’immigration francophone en milieu minoritaire, alors que les besoins linguistiques et professionnels varient selon les régions.

Ces orientations peuvent influencer l’attractivité d’une destination, mais les sources institutionnelles présentées ici ne permettent pas de quantifier un effet direct du bilinguisme sur la rétention des immigrants. Une décision de départ ou de maintien dépend également de facteurs économiques, familiaux et personnels.

La question centrale reste donc celle de la cohérence entre les compétences d’une personne, les exigences du marché local et les ressources disponibles pour construire une vie stable.

Avant de choisir une destination, il est utile de dresser un portrait concret de la région envisagée : offres d’emploi correspondant à ses qualifications, exigences linguistiques, possibilités de formation, services accessibles et ressources communautaires. Cette vérification permet de transformer une promesse générale de bilinguisme en critères pratiques de décision.

Questions fréquentes sur le français et l’anglais au Canada
Faut-il parler français et anglais pour vivre au Canada ?

Non. Il n’est pas nécessaire de maîtriser systématiquement les deux langues officielles pour mener sa vie quotidienne au Canada. La langue la plus utile dépend principalement de la province, de la municipalité, du secteur professionnel et des services fréquentés. Certaines démarches ou situations particulières peuvent toutefois imposer des exigences linguistiques.

Peut-on demander un service fédéral en français partout au Canada ?

Les institutions fédérales sont soumises à des obligations linguistiques, mais tous leurs bureaux ne doivent pas nécessairement offrir les mêmes services dans les deux langues. Les conditions dépendent notamment de la désignation du bureau. Burolis permet de consulter les informations disponibles, à confirmer auprès de l’institution concernée.

Un nouvel arrivant peut-il inscrire librement son enfant dans une école anglophone ou francophone ?

Non, le choix n’est pas universellement libre. L’accès à l’enseignement dans la langue officielle minoritaire dépend de conditions juridiques et d’admissibilité. L’article 23 de la Charte protège certains droits des citoyens canadiens admissibles, là où le nombre le justifie. Les règles provinciales applicables doivent également être examinées.

Le bilinguisme garantit-il un meilleur salaire au Canada ?

Non. Le bilinguisme peut faciliter l’accès à certains postes, notamment lorsqu’il constitue une exigence d’embauche. Il ne garantit cependant pas une rémunération supérieure. Son intérêt dépend des fonctions exercées, des qualifications complémentaires, des besoins de l’employeur et du marché régional.

Les communautés francophones existent-elles uniquement au Québec et au Nouveau-Brunswick ?

Non. Des communautés francophones sont présentes dans toutes les provinces et tous les territoires. Elles disposent, selon les régions, d’écoles, d’organismes communautaires et d’institutions culturelles. Leur taille, leur vitalité et l’accessibilité des services en français varient toutefois considérablement d’une localité à l’autre.

Rédigé par Amélie Roy, Chercheuse documentaire focalisée sur les transformations démographiques, urbaines, linguistiques et culturelles du Canada. Elle croise indicateurs sociaux, réalités locales et évolutions de population afin de montrer pourquoi une même tendance produit des effets différents selon les territoires. Le lecteur peut ainsi mieux comparer des villes, comprendre les dynamiques sociales et replacer ses choix dans un contexte plus large.